La Balade de Jordan et Lucie

De Christophe Léon

Ecole des Loisirs – collection Medium – mai 2012 

Lucie, élève de quatrième moyenne, accepte de parrainer Jordan, léger handicapé mental de seize ans qui intègre une classe de sixième. La jeune fille a pourtant d'autres chats à fouetter : son père est au chômage, sa mère menace de divorcer... Elle a pris l'habitude de se réfugier chez sa grand-mère. Bientôt, c'est Jordan qui lui redonnera du courage, ou du moins l'apaisera. En effet, après une période de rejet intégral, la gentillesse innocente de Jordan va finir par percer la carapace de Lucie. Aux risques et périls de cette dernière, toutefois, tant l'esprit d'escalier du jeune homme recèle des surprises... 

La première partie du récit est assurée par Lucie, désabusée, cynique, solitaire derrière une apparence de collégienne lambda. Elle nous explique son ras-le-bol de la situation familiale, ses agacements face à un Jordan pot-de-colle. La seconde partie voit Jordan devenir narrateur. Il nous dit sa vie tranquille mais triste (sa mère est décédée), son intérêt pour Lucie qu'il juge différente des autres. On comprend mieux le fonctionnement par associations d'idées de son esprit dérangé, mais toujours affectueux. Lorsque l'un et l'autre commencent à s'apprivoiser, un narrateur externe prend le relais et les rassemble, lors d'une mémorable après-midi. Je ne peux guère en dire plus, mais attendez-vous à un final en forme de film hollywoodien... au cours duquel chacun accèdera à une forme peut-être pas de maturité, mais de découverte de soi-même. Jordan se révèle adolescent, Lucie s'octroie le droit de ne pas supporter ses parents. Ceci dit, la balade tournant court, ce ne sont que des possibles qui s'ouvrent devant nos héros. Ecrit simplement et avec une tendresse sincère pour les personnages, ce joli roman parvient à rendre légères des thématiques lourdes. On en ressort le cœur tout chaviré...

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« -… et pour aujourd’hui, comme il va bientôt être midi, je vous propose d’aller déjeuner avec votre parrain ou votre marraine… Personne ne bronche. Tous figés. Englués dans la gélatine de l’incompréhension. – Ils nous prennent pour quoi ? Des infirmiers psychiatriques ? me chuchote à l’oreille mon voisin normal. Lui aussi semble regretter son volontariat. Son débile a l’air d’un couillon de première catégorie. Je le plains. Le mien, je ne sais pas trop. Je n’ose pas le détailler. Une chose est sûre : côté carrosserie, il est entier. Côté moteur, en revanche, il doit lui manquer quelques boulons. » (p. 29)