Opération Gerfaut

De Luc Blanvillain

Quespire Editeur – mars 2012

Maxence s’apprête à passer un été lénifiant pour ne pas dire abrutissant. Mais Victor, son meilleur ami, a le projet d’explorer, comme ils le faisaient plus jeunes, une propriété privée un tant soit peu mystérieuse. Cette année, il prend pour cible le manoir de Mme Gerfaut, vieille veuve d’un autoritaire patron d’usine. Maxence, qui aurait préféré qu’on s’intéresse aux filles, finit par suivre et se prendre au jeu. De fil en aiguille, Victor (qui vient juste de perdre son père) se met en tête de résoudre un vieux conflit de famille chez les Gerfaut. Pour ce faire, nos héros partent à la montagne, et c’est le début du drame…

Attention, je dis « drame », car il y a effectivement de l’action frissonnante, de l’attente haletante et des sentiments touchants pendant toute la deuxième partie du roman. Mais il ne faudrait pas oublier la marque de fabrique de Luc Blanvillain, son humour pince-sans-rire que je trouve personnellement irrésistible. C’est le quatrième roman que je lis de cet auteur, et je n’ai jamais été déçue : immanquablement, même lorsque la situation s’avère urgente ou mortelle, je pouffe, je rigole bêtement à en réveiller Fantasia.

Au présent et le plus souvent en discours indirect libre qui permet de plonger dans les pensées des uns et des autres, le narrateur externe suit les nombreux personnages : Maxence qui grandit et applique aux filles de son âge l’exemple du divorce de ses parents, Victor un peu meurtri de la disparition de son père qu’il entend lui parler, Mme Gerfaut accrochée à sa dignité et son thé-brioche, Georges le tendre aux airs de gros dur, Noémie la blindée jamais contente... Comptons aussi sur Ferdinand l’amoureux éperdu depuis soixante ans, Yvonne dite « la folle-aux-chats », deux ados débiles qui se découvrent un cœur, etc. Dès qu’une nouvelle figure apparaît, et ce même pour seulement quelques paragraphes, l’auteur la croque et s’en moque (gentiment) en quelques phrases bien tournées.

Expliquer la multitude de situations drôlissimes ou les imbrications de ce(s) secret(s) de famille(s) à tiroirs serait impossible. Les petits chapitres sautent d’une situation à l’autre, c’est virevoltant de phrases courtes, apparemment sans queue ni tête mais en fait maîtrisé avec audace : l’intrigue n’est jamais bradée derrière l’humour. Mieux, elle nous parle de l’adolescence, coincée entre technologies des écrans et envies de courir sur le terrain de l’aventure. Maxence le blasé n’abandonnerait jamais son Victor, tandis que ce dernier se révèle enfin aux filles... J’ai dévoré et adoré ce petit roman carré : vous serez scotché d’attention ou tortillé de rire, mais jamais indifférent !

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