Le Théorème des Katherine

De John Green

Traduit de l’anglais par Catherine Gibert

Nathan – mai 2012

Surdoué angoissé de ne pas être un génie, Colin collectionne… les Katherine. Ou plutôt les ruptures avec les Katherine, dont il vient d’ailleurs de fêter la dix-neuvième ! Déprimé, il part en voiture et au hasard avec Hassan, son meilleur ami. Ils atterrissent à Gutshot, Tennessee, où l’archiduc François-Ferdinand serait apparemment enterré. Ils font la connaissance de la gentille Lindsey, fille de la propriétaire d’une usine de cordons de tampons. Chargé avec Hassan de recueillir la mémoire des vieux habitants de Gutshot, Colin aura du temps libre pour se plaindre de sa petite vie, tout en tentant de modéliser un théorème capable de prédire l’avenir d’une relation amoureuse.

John Green nous avait habitués à des intrigues plutôt sombres, avec Qui es-tu Alaska ? et La Face cachée de Margo. Même Wil & Will gardait sa part de gravité. Ici, nous sommes non pas dans l’absurde, mais dans le déjanté, avec un personnage pas si courant que cela : l’intellectuel cool. En effet, si Colin lit ses quatre cent pages de connaissances pures par jour, il n’en oublie pas, avec succès, de lorgner les soutiens-gorges des filles. Il compose un drôle d’adolescent, volontiers auto-centré et à qui le brave Hassan (« je ne suis pas terroriste ») sert facilement de faire-valoir – mais aussi de moteur. Suivre les conversations de deux garçons, dans une production où les filles ont la part belle, est très croustillant.

Sous ses dehors baroques et aléatoires, le roman suit une certaine ligne, entre menus événements du présent et souvenirs de Katherine, qui doit mener Colin a/ à la résolution de son théorème b/ à l’amour sans contraintes katherinesques… Une chasse au cochon sauvage, suivi d’une attaque de frelons et d’une bonne bagarre avec le jeune musclé du coin lui fera d’ailleurs faire un grand bond dans ce sens. J’ai apprécié que tout ne tourne pas autour de Colin, ou plutôt que les personnages secondaires et leurs affects soient soignés, au fond crédibles. On pense par exemple à la mère de Lindsey, résolue coûte que coûte à faire vivre son usine et la mémoire de son grand-père. Il y a de l’émotion derrière le rire, et les anagrammes que confectionne Colin à propos de tout et de rien sont souvent assez révélateurs.

J’ai failli m’égarer dans la postface mathématique très sérieuse : John Green a laissé un de ses amis universitaire expliquer la démarche de Colin à propos de son théorème. Et on découvre donc que l’extravagant John Green, qui n’en est pas à une contradiction près, adore tout ce qui est logique… A lire sans hésitation, un roman qui vaut le détour !

kath