Black Out

De Brian Selznick

Traduit de l’américain par Danièle Laruelle

Bayard jeunesse – avril 2012

Si j’avais apprécié la virtuosité de L’Invention de Hugo Cabret - du même auteur -, je ne sais pas trop pourquoi, l’histoire m’avait paru d’une très grande tristesse. Il y avait le goût amer d’un succès fané, d’une injustice non réparée et d’une nostalgie douloureusement tue. Voyons voir Black Out, sous le signe de l’orage qui bouleverse. L’auteur réutilise le fabuleux procédé de roman graphique, ou plutôt de « roman en mots et en images », comme il est indiqué sur la page de titre. Le coup de crayon est toujours aussi doué, dans les larges scènes de rue comme dans le portrait rapproché. Nous suivons deux histoires en parallèle autour de la ville de New-York : celle, écrite, de Ben en 1977 et celle, imagée en noir et blanc, de Rose en 1927. Ben et Rose sont sourds, orphelins ou peu aimés par leurs parents, et ils vont fuguer pour trouver du bonheur ailleurs. Ben part à la recherche de son père, Rose rejoint son frère adoré au musée d’histoire naturelle. Vous me direz, c’est tout aussi triste que la vie d’Hugo… Oui, mais un secret de famille se cache derrière successivement un diorama (une maquette) représentant des loups, un amour secret et une librairie fermée. Et beaucoup de tendresse naîtra de l’imbrication complexe des deux intrigues, à cinquante ans de distance… Jongler de l’une à l’autre tout du long est préférable à une lecture in extenso de chacune, afin de profiter de l’effet de surprise final. Brian Selznick maîtrise toujours un art du découpage narratif et d’une mise en lumière marquante, il sait poser sur ses personnages le regard juste et acéré qui nous les fera aimer. En postface, il explique longuement comment il en est venu à imaginer ce roman vibrant d’émotions (il y parle par ailleurs de références à des albums jeunesse, que je ne connaissais pas tous). Si la forme de Black Out ne nous étonne plus autant que son roman précédent, l’originalité et la limpidité de son inspiration continuent d’enchanter le lecteur. Aussi beau que troublant !

 

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