Tout ce qui brille, tome 1

d'Anna Godbersen

traduit de l'américain par Alice Seelow

Albin Michel – collection Wiz – mars 2012

 coeur

Nous sommes au printemps 1929. Cordelia et Letty s'enfuient de leur triste Midwest en direction de la brillante New-York. Letty a des rêves de cinéma plein la tête, tandis que Cordelia veut partir à la recherche de son père, riche trafiquant d'alcool. Bientôt, les deux jeunes filles se disputent et se séparent. Letty devient vendeuse de cigarettes dans un bar clandestin, et espère à tout prix rencontrer le producteur qui la fera devenir célèbre. Cordelia retrouve son père, mais tombe amoureuse du fils de son plus proche ennemi. Le narrateur externe suit les héroïnes l'une après l'autre, et il s'en rajoute vite une troisième, Astrid, fille d'une collectionneuse de maris bien nantis et nouvelle amie de Cordelia. Le récit sans fioritures s'entrecoupe de dialogues superficiels seulement en apparence. L'histoire est cruelle, pleine d'imprévus directement liés à l'autonomie même que se donnent les personnages féminins. Parce qu'elles osent tout, parce qu'elles espèrent tout, elles peuvent aussi tout perdre... Toutefois, Anna Godbersen ne cite pas Francis Scott Fitzgerald en début de livre pour rien, et tant qu'il y aura de l'argent, il y aura des fêtes à revendre (seul le lecteur est là pour anticiper la crise de 1929).

Une comparaison avec la série Rebelles s'impose : de la haute bourgeoisie fin XIXème, on passe aux Années folles. La société n'est plus la même, et les jeunes filles au cœur de l'histoire, si elles ont plus ou moins les mêmes aspirations, n'ont pas les mêmes moyens : aussi déterminée soit-elle, une Penelope de 1890 n'atteindra jamais le degré de liberté de déplacement, d'habillement, de comportement de la pourtant timide Letty... L'auteure soigne ce point de vue historique, ce qui n'a pu évidemment que plaire à l'amatrice que je suis. Certes, il est question de jolies robes et de soirées futiles, mais l'âpreté des situations, la dureté des relations rend parfaitement compte du côté implacable de l'esprit d'entreprise américain qui émergeait pleinement à l'époque.

Le deuxième tome de Bright Young Things (quel joli titre original) est déjà sorti en anglais : Fantasia a hâte de savoir la suite !

tout ce qui brille