Je suis un phénomène

D’Elisabeth Atkinson

Traduit de l’anglais par Emmanuèle Sandron

Alice – collection Tertio – mars 2012 

A douze ans, Faye ne supporte pas sa taille immense, ses cheveux roux, sa mère fantasque, l’absence d’un père qu’elle n’a jamais connu, et surtout son nom, Faye Noman, qu’elle prononce « phénomène ». Ses seuls moments d’apaisement sont au magasin de perles de sa mère, qu’elle tient souvent en compagnie de sa jeune amie Pénélope. Et puis sa mère décide qu’elle n’aura plus besoin d’aller à l’école, qu’elle apprendra à la maison. Faye, ravie, se rend tous les matins à la médiathèque où elle fait connaissance de la jeune et gentille bibliothécaire, Stevie (vous voyez, elles ne sont pas toutes vieilles et grincheuses). Une bonne nouvelle n’arrivant jamais seule, Faye est invitée à la fête annuelle de la (grande) famille de son père, les Noman. Elle pense enfin y trouver sa place, son « joylah » comme le dit Pénélope. Evidemment, ce sera plus compliqué : les Noman vivent sous la coupe tyrannique de la tante Pat et Faye va avoir bien du mal à se couler dans le moule. Elle regrettera alors l’éducation libre de sa mère – même si elle n’approuve toujours pas son laxisme.

Le roman se coupe nettement en trois parties à peu près égales qui suivent les humeurs de la narratrice : le désespoir initial et le rejet de la mère excentrique qui ne s’occupe pas d’elle (le lecteur lui-même est assez d’accord), l’arrivée à la « nomanouba » et l’éblouissement devant cette famille unie, heureuse, enfin le décillement progressif notamment grâce à Clep, mouton noir des Noman, et la rébellion exemplaire, toute en douceur et persuasion implicite. En restant fidèle à la branche maternelle, Faye a conquis le cœur des Noman. Quant à son père, il pourrait bien être réhabilité grâce à sa simple présence apaisante ; on lui reprochait justement d’avoir aimé la mère de la jeune fille, et la jeune fille vient de montrer qu’elle était quelqu’un de bien. Faye exprime ses sentiments avec sincérité et une belle force de vie derrière le mal-être, tant et si bien qu’on passe par-dessus les invraisemblances de ce roman chaleureux, optimiste, qui s’attarde volontiers aux menus détails du quotidien qui fondent une personnalité. A noter toutefois une présentation dans la collection Tertio, habituellement réservée à des problématiques plus adolescentes, qui dessert peut-être ce livre accessible dès 11-12 ans.

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