La Fois où je suis devenu écrivain

De Vincent Cuvellier

Rouergue – collection DoADo – mars 2012

Tout, tout, tout, vous saurez tout sur la lente et laborieuse transformation de Vincent Cuvellier en écrivain. Ou du moins ce qu'il veut bien nous en dire, mais on a tendance à le croire, car l'auteur explique qu'il lui aura fallu plus de quinze ans pour apprivoiser le « je » qui l'anime et le transposer dans ses personnages.

Tout commence à seize ans, alors que, juste déscolarisé et au chômage, il gagne un prix du Jeune Ecrivain avec un texte provocateur en diable. Mais comme il le dit, il a essayé des techniques, pris des conseils auprès du jury, bref « fait sa plume ». Ce qui, donc, ne suffira pas, puisqu'il va encore vivre de nombreux jours sans écriture (et de vaches maigres) jusqu'au déclic, pas forcément lié à un événement particulier.

On aime cette langue de tous les jours revendiquée – mais sans les afféteries « jeunes » - avec laquelle il nous raconte son parcours douloureux, cette sincérité doublée d'une humilité émouvante. Avant d'être écrivain, Vincent Cuvellier a été un (grand) adolescent perdu, et c'est de cela dont il est question, beaucoup moins de ses façons de rédiger ou de son inspiration variée. Le lecteur apprécie, car, sur un livre fusée de 177 pages, il a vraiment l'impression de suivre quelqu'un comme lui, pas une espèce de mythe qui publie chez un éditeur national et vit de son art.

A lire aussi, par un public sans doute plus adulte : L'autre Moitié de moi-même d'Anne-Laure Bondoux

2012-03-27 13

« Je crois, à la réflexion, que l’histoire, c’était un peu n’importe quoi ! Je me suis rendu compte en le relisant que le vrai intérêt de ce livre résidait ailleurs : j’essayais des trucs. Je me faisais la plume. Je tentais de prendre ma place dans la grande bande des écrivains, poussant du coude et tapant du pied pour me faire remarquer. Je disais à Hugo, Céline et consorts : ‘Attention, j’arrive !’, en ne doutant de rien ! J’inventais mon style, ou ce qu’il allait être, au fur et à mesure. » (p. 25)

« L’écriture est intiment liée à la solitude. Et à la liberté. De toute façon, les deux vont ensemble. Vous pouvez pas imaginer à quel point ça coûte cher, la liberté, putain, je la paie tous les jours, et pour rien au monde, je n’y renoncerais ! La liberté d’écrire quand je veux, où je veux, et surtout, surtout, ce que je veux. » (p. 50)