Chevalier d'Eon, agent secret du roi, volume 3 : La Forteresse

D'Anne-Sophie Silvestre

Flammarion – janvier 2012

Le chevalier d'Eon, espion de Louis XV, vit toujours incognito à la cour de Russie, sous les traits de Lia de Beaumont, lectrice et confidente d'Elisabeth 1ère. Les fêtes de Noël approchent, et l'impératrice devient inexplicablement de plus en plus morose. Lia va apprendre la raison (historique !) de cette mauvaise humeur à la forteresse de Schlusselbourg. Un peu triste, Eon en profitera malgré tout pour faire évader un autre espion français.

S'éloignant des considérations sur les alliances complexes entre la Russie et la France ou l'Angleterre, ce roman prend une tournure plus intimiste, plus dramatique, même si basé sur des faits politiques avérés. Eon maîtrise parfaitement son déguisement et la question n'est plus de se faire reconnaître ou pas en tant qu'homme. Ici, Elisabeth passe sur le devant de la scène, femme de pouvoir certes, mais aussi d'émotions et de coups de cœur. Le passé de la grande famille des Romanov remonte à la surface, avec son lot d'ignominies pour raisons d'Etat.

Et puis, coupure presque radicale en deuxième partie, l'aventure nocturne avec le prisonnier français apporte son lot de gaillardise, de piquant presque drôle. De quoi remonter le moral du lecteur jusqu'à une fin diabolique – Anne-Sophie Silvestre ne nous y avait pas habitués !

L'auteure manipule son personnage d'Eon avec une aisance grandissante, semblable à celle de Lia se maquillant... Beaucoup de plaisir dans cette promenade en Russie enneigée !

eon

« Quelques jours plus tôt, l'idée de découvrir et de transmettre au roi et au comte de Broglie un renseignement encore insoupçonné, l'aurait empli d'enthousiasme mais, sans qu'il s'en rende vraiment compte, la règle du jeu venait de changer pour lui. A l'instant présent, ses succès personnels comme agent secret étaient devenus moins importants que le désir intègre de respecter l'amitié qu'Elisabeth lui offrait. Notons que pas un instant il ne fut retenu par l'idée que partager les secrets des souverains était aussi dangereux que s'asseoir sur un tonneau de poudre en manipulant des allumettes. » (p. 43)