Ava préfère les fantômes

de Maïté Bernard

Syros – février 2012

coeur

Ava voit et parle avec des fantômes depuis son plus jeune âge, mais elle ne le dit pas, car personne ne la croit. Cet été, elle part en vacances sur l'île de Jersey, chez son oncle. Ce dernier est en train d'organiser l'exposition d'un formidable trésor viking. Mais la jeune femme qui a découvert le trésor se fait assassiner, puis la secrétaire de l'oncle d'Ava... Entourée des conseils de quelques fantômes, elle-même menacée, Ava mène l'enquête dans le passé du manoir.

J'ai immédiatement accroché avec Ava, jeune fille maligne, solitaire et incomprise, suivie par un narrateur externe complètement neutre. Nous la voyons apprivoiser douloureusement son don de consolateur de fantômes – attention, cet aspect fantastique ne fait pas tout dans le roman, et c'est tant mieux. Elle se découvre aussi moins timide qu'elle ne le pensait : la voir surprise par sa propre hardiesse est très plaisant, et on devine l'intelligente adulte qu'elle sera. Je ne saurais pas dire si je me suis identifiée à cette petite héroïne, mais je l'ai vraiment adoptée.

Jersey, avec ses touristes, son caractère à la fois îlien et verdoyant, nous emporte dans une ambiance très british que ne démentent pas l'écriture sobre, légère, et l'intrigue proche d'un Agatha Christie. Lieu clos, peu de personnages, secret passé, meurtres en série, rebondissements rapides et explications finales : tous les ingrédients d'une bonne affaire policière sont là, bien exploités. Encore rempli d'humour caché (cf le fantôme du viking, Harald, par exemple) mais toujours accessible, Ava préfère les fantômes peut se lire à partir de 11 ans. Un chouette roman avec fantômes incorporés mais sans prise de tête, une histoire policière solide : si un second tome se fait (il y a une telle ouverture), Fantasia est du voyage.


ava

 

« Il éclata de rire et Raspail sourit, puis ils se mirent sur le banc. Ava ferma les yeux un instant. Qu'est-ce qu'elle était venue faire ici ? Elle pensa à toutes ces jeunes filles de par le monde qui voyaient des films de vampires, lisaient des livres de vampires, rêvaient de vampires prêts à sauter jusqu'à leur fenêtre pour les adorer en silence pendant leur sommeil. Mais non, il avait fallu qu'elle soit l'héroïne d'une histoire de fantômes. 'Complètement ringarde, ma pauvre fille', marmonna-t-elle avant de reprendre sa surveillance. » (p. 128)