Vanessa Simon-Catelin est professeur des écoles et auteur de littérature jeunesse. Ecrire pour les enfants lui a paru une évidence puisqu’elle est sans cesse en contact avec les plus jeunes : « Des enfants ? Il y en a partout, à la maison, dans ma classe, aux ateliers d’écriture… Je n’arrive pas à leur échapper… Alors j’ai décidé d’écrire pour eux. Certaines histoires deviennent albums, d’autres sont mises en musique ou naviguent de bouche à oreille. Tout simplement. J’aime voyager très loin, tout près, au fond des tiroirs. Dans les grandes villes, ou les petits ports. Mais toujours, je reviens à mes campagnes. J’y cultive les idées, les fantaisies du langage, les accents des terroirs et les langues étrangères. Le chant des éléments me fascine. Grandie dans le vent, au bord de la Manche, tombée en poésie dès l’enfance, j’ai gardé le goût des choses simples, des bêtes, des hommes -raffinés ou rustiques, du moment qu’ils sont authentiques- de leurs luttes, de leurs sagesses et leurs folies, quand qu’elles sont créatrices… »

En 2008, elle crée l'association "les Z'Ateliers de la tête de bois" fondée lors de la mise en place d’ateliers d'écriture qu’elle anime en dehors des temps scolaires.

Vanessa Simon-Catelin avait ce projet d’association en tête depuis longtemps. L’élément qui l’a poussé à mettre en place cette association a été l’arrivée des nouveaux programmes pour l’école élémentaire de 2008. 

« Comme dans les contes, il a fallu que la situation de départ soit perturbée pour que les choses évoluent: plus de classe le samedi matin, plus de poésie, mais un  retour à la récitation, plus d’expression écrite mais de la rédaction. Des budgets de classes culturelles réduits à peau de chagrin… Cette association s’est imposée d’elle-même. » 

L’auteur a d’autres activités littéraires comme l’écriture de pièces de théâtre, des textes pour les adultes et d’autres pour les plus jeunes.

L’auteur a déjà publié plusieurs albums pour les plus petits :

  • « Peau de lapin », 2012 aux éditions Motus. L’illustratrice est Brunella Baldi.

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  • « La Taupe chez qui j’habite », 2009 aux éditions Kaléidoscope. L’illustrateur est François Soutif

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  • « Comme deux gouttes d’eau », 2007 aux éditions Kaléidoscope. L’illustrateur est François Soutif.

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Vanessa Simon-Catelin a accepté de répondre à mes questions dans le cadre d’une interview avec beaucoup d’attention.

  • Comment vous est venue l’idée de devenir auteur de littérature jeunesse ?

Quand devient-on réellement auteur jeunesse ? Quand on est publié ? Alors disons que je suis « devenue » auteur jeunesse au hasard des rencontres, mais j’ai toujours écrit. Les histoires restaient dans mes tiroirs… Puis j’ai eu des enfants, ils ont grandi, mes histoires ont changé : j’ai eu envie de leur lire, d’écrire pour eux. Parfois même avec eux. Et un jour, on est venu me chercher.

  • Avez-vous fait une formation particulière pour exercer votre métier ?

Aucune formation. Je suis enseignante en école primaire, et depuis toujours, je mène des projets avec mes classes où l’écriture est mise au service d’autres formes d’art (et réciproquement ) : la danse, la photo, la peinture, la sculpture, la musique… Depuis 2008, j’anime des ateliers d’écriture hors temps scolaire, pour « pallier » à l’appauvrissement des activités d’expression dans les dernières instructions officielles de l’Education Nationale… (On n’y parle plus guère de poésie mais de récitation, ni d’expression écrite, mais de rédaction…)

  • Selon vous, l’enfant est-il plus sensible à l’histoire ou à l’illustration ?

Généralement, c’est le premier regard sur l’illustration qui fait qu’on va choisir tel livre plutôt que tel autre. Vient ensuite l’histoire.

Un livre réussi est un livre où écriture et illustration sont complémentaires. Lors de la lecture, selon l’âge et la sensibilité des enfants, leur intérêt varie... Et puis aussi selon que c’est la première ou la 57ème fois qu’ils lisent le livre !

  • Pourquoi avoir fait appel, pour vos albums « Comme deux goutte d’eau » et « La Taupe chez qui j’habite » au même illustrateur ?

François Soutif est un ami. J’admire son travail. Il était déjà illustrateur chez Kaléidoscope, avant ces deux albums. Il m’a proposé de réécrire l’histoire d’une trame illustrée. L’éditrice a adhéré au projet et aimé l’histoire qui est devenue « Comme deux gouttes d’eau ». Puis deux ans après, j’ai proposé « La Taupe chez qui j’habite » à François, il avait une affinité toute particulière pour le taupier « Avatar ». Il a travaillé dessus et a proposé ce projet à Kaléidoscope.

Je travaille actuellement avec les éditions Motus. Avec un texte beaucoup plus poétique. Un troisième album est sorti en mars 2012 « Peau de lapin ». Là, aucun réseau de connaissance n’a joué. Le texte a été envoyé par la poste et accepté. L’éditeur a trouvé lui-même l’illustratrice qui lui semblait le mieux convenir au projet : Brunella Baldi, une illustratrice italienne.

  • Vous inspirez-vous de certains auteurs de littérature jeunesse pour créer vos propres histoires ?

De façon consciente, non. De façon inconsciente, certainement. On m’a souvent dit que « Comme deux gouttes d’eau » ressemblait à « Petit bleu Petit jaune », de Léo Lionni. Pourtant je ne l’avais jamais lu avant qu’on ne m’en parle.

Mes inspirations sont autres, quels que soient les écrits. Je suis une « éponge » qui aspire toutes les situations de la vie, les sensations, les émotions, et puis au hasard d’un mot, d’une rencontre, ces petits riens qui prennent toute la place se pressent pour sortir... Ainsi naissent les histoires.

  • Envisagez-vous d’écrire des romans ou pensez-vous continuer l’écriture pour les enfants ?

J’ai d’autres activités littéraires : j’ai déjà écrit deux pièces de théâtre (public adultes) pour une compagnie amateur. L’une d’entre elle a déjà été jouée plusieurs fois. Je viens de recevoir un travail de commande pour une autre compagnie (public enfants), création noël 2012.

Actuellement, je travaille sur des nouvelles à destination d’adultes, et d’autres textes en littérature jeunesse ne demandent qu’à trouver éditeur.

  • Pourquoi utiliser l’animal en personnage principal de vos histoires ?

Je vis à la campagne, entourée d’animaux… Je ne connais aucun enfant qui ne soit pas attiré par eux. Moi-même, je peux passer des heures à observer les animaux dans leur milieu naturel. Mon fils caressait les cloportes et les coléoptères quand il était tout petit, aujourd’hui encore, il construit des cabanes pour les souris sauvées des griffes de nos chats, avec ma fille, nous avons apprivoisé une pie.

Autant d’anecdotes qui rendent l’anthropomorphisation naturelle. C’est un vrai choix dans « la taupe ». Vous avez déjà croisé une taupe ? Quels sentiments pourriez-vous lui prêter ? L’homme apprend beaucoup au contact des animaux.

Par contre, dans « Comme deux gouttes d’eau », c’est François qui a choisi de mettre deux oreilles à Julio et Ninon, et d’en faire des « animains » ou des « humimaux »… A vous de choisir.

  • Participez-vous à des salons ou à des lectures publiques de vos histoires ?

J’ai participé au Salon du livre, oui. Je fais des séances de dédicaces en librairies, essentiellement l’année de sortie des albums.

Je ne fais pas de lectures publiques de mes ouvrages, en tout cas, ce n’est pas moi qui les lis. Je n’aime pas tellement lire mes propres histoires, par contre j’aime les entendre racontées par d’autres. Généralement, je les confie à des collègues ou amis comédiens qui se débrouillent très bien avec. Mais si je n’avais pas le choix, je m’y collerais, bien évidemment, car après tout j’aime aussi jouer la comédie…

Lucy Mackenzie (Master1 PE - Université Versailles-St-Quentin)

Fantasia à l'Université