Moi et la mer de Weddell

d'Arnaud Tiercelin

Rouergue – collection DoADo – janvier 2012

 

Arnaud Tiercelin écrit le malaise adolescent avec un grand M, focalisé sur un ailleurs vraiment ailleurs, à savoir la mer de Weddell au pôle sud. Le narrateur Marius rêve de fondre ses interrogations dans les vagues glacées de ce bout du monde qui le passionne. En attendant, il prépare son brevet des collèges, supporte les petites ambitions de ses parents, embrasse la belle Daphné sans désir, et couvre les frasques de son grand frère, soit-disant étudiant d'une école de commerce. Jusqu'au jour où il plaque Daphné, et où tout part de Charybde en Scylla, avant un retour à un moyen terme plus ou moins enchanté.

Histoire convenue, mais très bien écrite. Jamais le narrateur Marius n'agace ou fait pitié, toujours il interpelle. Ses tirades sur la vacuité des activités parentales et ses incursions dans le monde étudiant de son frère sonnent juste, avec un brin d'humour noir quand il s'agit du couple père/mère aux petites habitudes étriquées.

Marius a le bon goût de ne pas trop se demander de quoi sera fait demain, cherchant juste à se sentir à peu près bien maintenant. On ne peut pas parler de dépression, même si le roman est celui de la désillusion. Marius a des amis, des envies (la mer de Weddell), ressent des émotions bien qu'il s'en défende. La relation entre les deux frères est particulièrement soignée, le plus grand traçant un chemin tout aussi tortueux que son cadet. Et ce serait donc bien l'amour, fraternel, filial aussi, qui sauverait Marius d'un naufrage. Un beau roman nuancé, à lire à partir de 14 ans et si possible sous un beau soleil (la fin comprend des passages tristes).

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La mer de Wedell... Fantasia refuse d'y mettre une patte (elle n'est pas un renard des neiges)

 

« Martinez, Frotet, Miss Khadif... J'ai retrouvé toute la clique des comiques troupiers qui se saigne jour et nuit pour préparer au mieux notre avenir. Je les ai tous retrouvés, sauf Daphné, que je n'ai pas osé regarder en cours. Elle veut me parler. Qu'on discute, et puis tout recommencer ? Mais est-ce qu'en claquant des doigts on peut faire table rase, comme la mer lorsqu'elle envahit toute la plage d'une seule vague ? » (p. 159)