Gwendoline Raisson, auteure à la plume fraîche et drôle, nous invite dans son univers gai et coloré dont les héros sont tout droit sortis d’expériences plus ou moins personnelles, de ses rapports avec la vie, le tout sous forme de « contes chamboulés », de « stéréotypes détournés ». Elle partage avec nous un morceau de sa passion …

Comment l'envie d'écrire vous est-elle venue ?

Tout naturellement. Pour un tas de raisons, bonnes ou mauvaises, et que je ne connais pas encore toutes. J’ai le souvenir d’un instit nous demandant d’écrire des poésies en guise de devoir à la maison, et d’avoir eu envie de poursuivre l’exercice toute seule, tout simplement parce que c’était chouette d’écrire des poèmes. Comme pour beaucoup de gens, je pense que cette envie s’est vite transformée en nécessité.

Depuis combien de temps êtes-vous un auteur de littérature pour la jeunesse ?

Mes premières histoires ont commencé à paraître en presse, puis en édition, il y a environ 6 ans. Avant, j’étais journaliste.

Vos expériences personnelles et professionnelles ont-elles été sources d'inspiration pour vos œuvres ? Avez-vous évolué dans votre manière d'écrire ?

Oui, bien sûr, je pioche dans ma vie pour écrire. L’album Ma super famille, qui parle de familles recomposées, décomposées hyper compliquées, est par exemple inspiré assez directement de la mienne. Mon fils m’a inspiré des noms de personnages, des situations, quand il ne m’a pas carrément passé commande d’histoires ! Parfois, il s’agit juste de petits trucs anecdotiques. Pour ce qui est de ma vie professionnelle d’avant, je n’y ai pas trop puisé encore, mais c’est un projet que j’ai.

Et pour rebondir habilement sur votre deuxième question, ce sera peut-être là ma façon de faire évoluer mon écriture. J’ai envie d’aller me frotter à des sujets de société, à des thématiques fortes, là où je me laissais beaucoup porter par une inspiration très intime, spontanée, personnelle, sans trop me rendre compte a priori de quoi je parlais.

super famille Ma super famille, album illustrée par Magali Le Huche, éditions Père castor, Flammarion, 2009

 

Ce ne doit pas être simple d'écrire pour la jeunesse, de quelle manière gérez-vous toutes les idées, votre imagination, vos envies ... ?

Les idées, je les note de ci de là, certaines dorment depuis des années dans un fichier Word intitulé « idées », de temps en temps, je fais la tournée des idées, je redécouvre toutes ces notes, ces débuts d’histoires, ces esquisses d’intrigue et il arrive que l’une d’entre elle me saute au visage en hurlant : « C’est mon heure ! » et pouf, elle éclot, comme une évidence ! D’autres fois, il ne se passe rien. Aujourd’hui, j’ai de plus en plus de commandes d’éditeurs. On me demande d’écrire sur un sujet, un projet de série, ou récemment par exemple, on m’a demandé de créer un personnage et d’écrire des fictions pour une méthode d’apprentissage de la lecture en CP. Dans ces cas-là, l’impulsion arrive de l’extérieur. C’est sympa, car ça stimule l’imagination, ça m’emmène sur des terrains où je n’aurais jamais pensé poser les pieds, et en plus il y a une attente, quand ce ne sont pas carrément des délais drastiques, qui personnellement, m’aident beaucoup. La seule chose, c’est, comme dans toutes les pratiques artistiques, je crois : on peut se perdre à ne faire que des commandes, et finir par s’ennuyer, ou travailler en automate. Il faut donc trouver un équilibre entre des sujets plus personnels, plus nécessaires, et les autres, plus alimentaires.

Votre bibliographie dévoile un certain nombre d’œuvres portant sur la famille, sur des aspects de la vie quotidienne en quelque sorte réinventés/ réexpliqués aux enfants. Que pouvez-vous en dire ?

Oui, ce n’était pas du tout prémédité de ma part quand je me suis mise à écrire, mais j’ai dû le reconnaître au bout d’un certain nombre de parutions : je suis totalement obsédée par la famille, les relations familiales, et plus particulièrement les mamans ! « Tout sur les mamans », « Ma mère dans tous ses états », « Ma mère en vacances », « Super-Maman »… c’est presque une maladie que j’ai !

Pour ce qui est de mon approche de la famille, je crois que j’ai deux grand messages subliminaux à transmette à l’Humanité :

1) C’est pas grave ! Ta famille est compliquée ? Ta mère a un copain ? Ton père est remarié ? C’est-pas-grave !

2) La dézingage des stéréotypes. Les filles naissent dans les fleurs et sentent bon, les garçons ne pleurent pas parce que ce sont des chevaliers, les mamans sont coquettes et les papas sont costauds…. On peut trouver ce genre de clichés dans certains de mes livres, mais c’est toujours pour mieux les exterminer sauvagement la page d’après.

mere vacancesMa mère en vacances, un album illustré par Magali Bardos, collection Off-Pastel, éditions Pastel, 2010

 

Écrire suscite-t-il chez vous des émotions oubliées ? Retrouvées ? Si oui, avez-vous le sentiment de transmettre ces émotions à travers vos histoires ?

Oui, c’est comme relire de vieux albums de son enfance et se surprendre à retrouver des émotions enfouies, et pourtant intactes. Essayez donc de me faire lire Michka sans pleurer, tiens ! A plus forte raison, en écrivant pour les enfants, on plonge souvent dans le minot qui demeure en nous, dans les images et les temps forts de notre enfance. On se met à portée d’enfance, de celle des lecteurs, et de la notre en même temps. Pour ce qui est de parvenir à transmettre tout ça, ma foi, je ne sais pas. Je viens d’écrire un texte qui parle du grenier de ma grand-mère, très inspiré d’une ambiance que j’ai connue enfant, mais pour l’instant aucun éditeur ne s’est manifesté, alors que je croyais qu’ils allaient tous se rouler par terre d’émotion…

Certaines de vos inspirations littéraires comme pour La Marmite à Histoire, Le Grand numéro des Héros ou encore Blanche et les sept danseurs, trouvent leurs sources dans des classiques tels les Marvel Comics ou encore les Contes de Grimm ... Est-ce là une source d'inspiration fréquente ? Avez-vous vous même été bercée par ces œuvres ?

C’est en relisant à ma toute petite sœur le conte de Blanche Neige que j’ai eu la révélation de la puissance des contes classiques, je crois. J’ai tout de suite eu envie de savoir qui était Blanche Neige aujourd’hui, ce qu’elle ferait dans notre monde. De là s’est ensuivi « Blanche et les 7 danseurs », puis « La Marmite à histoires » version Contes chamboulés.

Que ce soient les contes ou les super-héros américains, je crois que ce qui me plait avant tout dans ces références, c’est que ce sont des références justement, des sortes de statues que l’on peut s’amuser à déboulonner, à martyriser. C’est un peu comme les clichés de tout à l’heure, c’est encore meilleur quand on les détourne. Et puis soyons honnête : c’est un ressort comique.

 

 marmiteLa marmite à histoires, éditions Flammarion.

 

Votre style d'écriture est frais, piquant, drôle. Lorsque viennent les rencontres avec des lecteurs vous-a-t-on déjà soulevé ces qualités ? Comment appréhendez-vous les rencontres avec la jeunesse ? 

C’est un vrai drame pour moi, figurez-vous. Pour une raison que je ne m’explique pas bien encore, j’écris effectivement des textes drôles, à tendance comique en tout cas. Les gens se disent, tiens, elle doit être rigolote, cette fille, pour écrire des trucs comme ça. Ils ont envie de me rencontrer, histoire de rigoler un peu. Et là, c’est le drame… car je suis une fille totalement sinistre dans la vie, en plus j’ai une voix douce qui donne envie de dormir et qui ne pique pas du tout, et je ne retiens aucune blague… Autant dire que si on veut se détendre, il vaut mieux me lire que passer l’après-midi avec moi.


 blanche

Blanche et les sept danseurs, roman illustré par Ewen Blain, éditions Talents hauts, collection Livres et égaux.

 

Pas mal de vos histoires apparaissent en parution presse. Y-a-t-il une différence notable entre vos parutions presse et vos œuvres chez des éditeurs ? Est-ce pour le même public jeunesse (âge, classe, ...) ?

Oui, le public est le même. Il m’est arrivé de proposer des textes en presse qui sont finalement parus en édition, et vice versa. La différence, c’est que les magazines ont des calibrages très stricts, en fonction de la tranche d’âge visée, qui est elle même très précise et serrée, et il faut donc faire une gymnastique un peu technique pour obtenir la bonne longueur pour la bonne tranche d’âge pour la bonne thématique. Cela limite un peu les modes d’expression ou les projets expérimentaux, mais heureusement, il y a l’édition pour cela.

Vous avez dit travailler avec la Charte des auteurs et illustrateurs pour la jeunesse, pouvez-vous nous en dire un peu plus sur votre rôle ?

La Charte est une association qui compte plus de mille auteurs et illustrateurs de livres jeunesse. Son but est à la fois de promouvoir la littérature jeunesse et les créateurs qui la font, et de défendre le statut et les droits des auteurs. Les créateurs de livres sont souvent des gens qui travaillent seuls dans leur coin, sont isolés, et qui manquent de soutien, et surtout d’informations sur leur métier.

La Charte, entre autres choses, fédère ces créateurs, les représente auprès des pouvoirs publics, des éditeurs, ou des administrations. Elle propose aussi des formations professionnelles. Je suis aujourd’hui directrice administrative de l’association.

2012 en route, que cela signifie-t-il pour vous ? (des projets d’œuvres ? Des albums en parution ? De bonnes résolutions ?)

2012 s’annonce comme une année riche en nouveautés pour moi. Ce sera l’année des explorations, je crois. Outre le projet de méthode de lecture scolaire dont j’ai déjà parlé, j’attends notamment la parution en mars d’une pièce de théâtre (dans la revue Dlire), de « livres circuits » pour les tout petits avec le lancement d’une nouvelle collection, puis la sortie d’une BD pour adultes. Je ne sais pas précisément ce que cela signifie, si ce n’est que ce métier propose bien des chemins, et que je trouve cela fort réjouissant.

Le mini-site de Gwendoline Raisson sur la Charte ICI

 

Anne-Sophie Monzie (Master1 PE - Université Versailles-St-Quentin)

 

Fantasia à l'Université