Revolver

De Marcus Sedgwick

Traduit de l’anglais par Valérie Dayre

Thierry Magnier – janvier 2012

1910, limite suédoise du cercle polaire. Sig, quinze ans, vit avec sa sœur, sa belle-mère et son père, testeur à la mine de fer. Un jour, le drame arrive, en deux temps : le père meurt de froid, tombé dans l’eau glacée près de la maison, et une mystérieux Wolff, qui poursuit apparemment la famille depuis dix ans, arrive en réclamant sa part d’un or qu’aurait volé le père.

Le récit alterne alors entre 1910 et 1899, à la pointe de l’Alaska. Là, le père de Sig a été testeur d’or. Rien ne nous indique cependant qu’il aurait volé quoi que ce soit, et on se prend à penser que Wolff est fou. N’empêche qu’il a un Colt tout neuf, dont il menace Sig et sa sœur. Sig aussi possède un vieux revolver, mais l’éducation religieuse que lui a donnée sa mère le fait hésiter à s'en servir. Juste un peu…

Ce huis-clos tendu vers le passé se lit d’une traite, alors même que l’action stagne les trois-quarts du temps (voir le découpage par demi-journées). L’art de l’auteur consiste à donner les réponses de manière anodine, dans le fil naturel du texte, et à ne les révéler que beaucoup plus tard, nous invitant à revenir compulsivement en arrière. En dire plus serait déjà en dire trop ! On verrait bien un film en flashbacks autour de cette histoire.

La psychologie des personnages – emploi de la troisième personne – est complètement portée par l’intensité de l’intrigue, et on s’identifie facilement à Sig sans même savoir grand chose sur lui si ce n'est qu'il est innocent. Tout passe dans l'attente, et ce que l'on imagine. L’ensemble est parfait, brûlant et glacial à l’instar de l’environnement : à cette époque et en ces lieux, la survie prime sur la morale.

Un superbe western polaire, épuré comme la neige.

revolver

 

« - Un pistolet n’est pas une arme, lui avait dit une fois Einar [le père]. C’est une réponse. Une réponse aux questions que la vie te jette à la figure quand il n’y a personne d’autre pour te venir en aide. » (p. 16)