Qui a tué Michka ?

D’Irène Cohen-Janca

Rouergue – collection DacODac – janvier 2012 

Le titre est volontairement provocateur, tant le petit Michka de papier a envahi l’imaginaire collectif de sa création à nos jours (voir la récente adaptation d’Olivier Tallec). Ici, l’héroïne et narratrice Nora a dix ans, et son ours en peluche, baptisé donc Michka, a disparu pendant un déménagement. Déménagement qu’elle a très mal vécu de toute façon, puisqu’il combinait perte de repères et de souvenirs avec l’arrivée d’une petite sœur, Bérénice. Nora a la sourde impression que sa mère ne veut plus d’elle, et le père se discute d’ailleurs avec sa femme à ce sujet. Signe ultime de malaise, les notes de Nora à l’école s’effondrent.

C’est un drame classique de quelque côté qu’on le considère : de la jalousie face à un nouvel enfant (Nora a pourtant un petit frère), du déracinement sans préavis. L’attitude de la mère est un peu plus mystérieuse ; elle trouvera son explication avec la peluche (matérielle) du petit Michka. On ne note donc rien de nouveau pour l’intrigue, mais un suspens bien trouvé, et une conclusion franchement inattendue.

Mise en abyme, l’histoire de Michka telle que Marie Colmon l’a imaginée fait étrangement écho à celle de Nora : dans les deux cas, il s’agit d’une réflexion sur le libre-arbitre et le fait d’aimer, d’être aimé. La petite narratrice torturée, entourée de sa famille, choisira la voie de l’ouverture sur l’avenir… Nuancé et un peu dur, ce petit roman touche juste en jouant habilement d’un presque mythe littéraire.

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« Pourquoi est-ce seulement maintenant qu’elle me rejette, alors que j’ai dix ans ? j’ai beaucoup cherché et j’ai trouvé. C’est très simple. Avant, elle n’avait que moi alors, forcément, elle était contente d’avoir une fille. Même fausse. Mais maintenant qu’elle en a une vraie, à qui elle a donné un nom de princesse, elle n’a plus besoin de moi. Elle ne peut plus m’aimer. » (p. 33)