La Couleur de l’âme des anges

De Sophie Audouin-Mamikonian

Robert Laffont – collection R – janvier 2012 

Un soir, devant chez lui, Jeremy, jeune surdoué de la finance, est décapité façon samouraï. Il rejoint illico le monde des anges, qui évolue en parallèle et au milieu de celui des vivants. Il y a les anges rouges, négatifs, haineux, et les anges bleus remplis d’amour. Tous ces esprits se nourrissent d’une brume émanant des vivants, de couleur variée suivant les sentiments que nous éprouvons. Après un temps d'adaptation raisonnable à son nouvel état, Jeremy veut mener l’enquête : pourquoi a-t-il été assassiné ? Il rencontre Allison, jeune vivante dont il tombe amoureux. Lorsqu’elle rejoint de façon brutale les anges, Jeremy imagine alors passer une agréable éternité avec elle. C’est compter sans l’obstination d’Allison à résoudre sur terre une affaire de gros sous sur fond de santé, qu’elle avait commencé à percer à jour avant son décès.

Sophie Audouin-Mamikonian et son écriture chaleureuse, proche du lecteur (quelques répétitions) m’ont réconciliée durablement avec les anges en littérature. Foin de petites ailes et d’auras lumineuses, on est ici dans un univers franchement semblable au nôtre, avec ses riches et ses pauvres, ses gentils et ses méchants, sa vie politique, culturelle, et sentimentale (quelques scènes de sexe un tantinet gratuites). On peut même y disparaître une nouvelle fois si on avale trop ou pas assez de brume.

L’intrigue policière est tarabiscotée telle un thriller, elle comporte plusieurs niveaux et se joue à cheval sur l’univers des anges et celui des vivants. Je l’ai régulièrement perdue de vue, parce que l’intérêt du quotidien des deux héros la supplante. La vie des anges est souvent très drôle, et on se pique complètement au jeu de la découverte. L’auteure pimente le récit de mille et un détails, d’anecdotes inventées qui sont censées expliquer pas mal de nos comportements de vivants. Eh oui, nous serions complètement influencés par les anges, depuis les insomnies jusqu'au choix de déclencher une guerre ou pas ! Il aurait pu s’agir de fantômes, mais alors, le diable ne personne n'aurait pas pu intervenir... ce qui aurait quand même pas mal édulcoré l'histoire.

Premier tome de deux, La Couleur de l’âme des anges ne se termine pas abruptement, nous laissant le temps de savourer l’exquise brume flottante provoquée par sa lecture, addictive.

Et, sans mauvais jeux de mots, Robert Laffont inaugure une nouvelle collection pour jeunes adultes, R, qui ne manque pas d'ailes... On la suivra à toutes pattes !

 

              

 A l'origine du livre (nous explique l'auteure)... La Vierge à l'enfant entourée d'anges de Jean Fouquet (c. 1452-1455, Bruxelles)