Je ne suis pas Eugénie Grandet

De Shaïne Cassim

Ecole des Loisirs – collection Medium – septembre 2011

10 euros

Roman délicat, sensible sur la vie et la peur de la mort, Je ne suis pas Eugénie Grandet se décompose en trois parties menées par la narratrice Alice. Il s’agit successivement de sa prise d’autonomie par rapport à sa sœur (grâce à la découverte de l’amour ?), de son rapport avec une filiation (en la personne de la grand-mère acariâtre), et de l’avenir, du fait de réaliser ses projets en surmontant des obstacles (à travers son beau-frère de metteur en scène Max).

Enfin, c’est une interprétation. Car, avec le riche arrière-plan culturel qu’il offre, le roman laisse bien deviner qu’il ne se laissera pas enfermer dans des cases. Il y a de la littérature avec Balzac et son Eugénie sacrifiée, de la sculpture avec Louise Bourgois la rebelle, du théâtre avec l’inusable Cerisaie de Tchekhov. Partout, il est question du temps qui passe et des effrois qu’une telle prise de conscience engendre… A même pas vingt ans, la narratrice Alice a déjà saisi le (non-)sens de la vie… Face à toute cette profondeur, l’amoureux fils de fleuriste Alphonse apporte un peu de légèreté décalée, une stabilité pour compenser les interrogations des autres.

C’est très fin, avec si on veut les voir des petits jeux de rappel d’une partie à l’autre : des fleurs pour l’expo Grandet/ des fleurs pour la mère partie, le montage de la Cerisaie/une commode en cerisier… On ressort enchanté de cette lecture, en ayant l’impression d’avoir pénétré presque par effraction dans la jolie intimité d’une famille qui, pour intello et parisienne qu’elle soit, n’en est pas moins soumise aux fluctuations des sentiments comme les autres. Chacun cherche sa petite place en ce bas monde, et Alice peut remercier la timide Eugénie Grandet par laquelle tout a commencé…

« Elle dit : tu sais, Alice, nous naissons comme des animaux pleins de questions, nous vivons avec quelques certitudes, et nous mourons en ayant à peine compris comment vivre. » (p. 116)

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