K-Cendres

D’Antoine Dole

Sarbacane – collection Exprim’ – septembre 2011

14 euros

 

Ca commence à l’hôpital psychiatrique, avec une Alexandra qui s’automutile. Ca continue sur une scène devant des milliers de fans, et une K-Cendres qui scande la fin du monde. Ou plutôt la fin d’individus particuliers : victime de prémonitions morbides qui la laissent pantelante, la jeune femme n’a trouvé que l’artifice de la musique pour exprimer son malaise à la face du monde. Quitte aujourd’hui, le premier gros succès passé, à attirer l’attention de la police inquiète de la justesse de ses chansons. Le label qui emploie K-Cendres veut étouffer la rumeur et sortir un deuxième album consensuel, à n’importe quel prix, même celui de la vie de la fragile chanteuse.

Antoine Dole se pose presque en sociologue de l’univers de la musique, décortiquant les rouages commerciaux des disques d’or. Ce n’est pas joli-joli, et, entre sexe, drogues et communication hyper-contrôlée, l’art n’a que peu de choses à y voir. K-Cendres sacrifiée, le mythe est respecté… L’écriture crue et les bassesses morales peuvent estomaquer. Heureusement, la pureté du garde du corps Marcus et la naïveté d’Alexandra rattrapent un peu les choses. Enfin, un peu seulement, le déséquilibre nerveux de l’héroïne (le soupçon de fantastique disparaît vite) ne manquant pas d’inspirer une sorte d’effroi, ou de pitié. Sa « folie » impressionne mille fois davantage qu’une enfance mal digérée ou une violente crise d’adolescence. Et la play-list (un principe de la collection) d’évoquer Janis Joplin ou Billie Holiday…

KC

 

« Il rit doucement. Elle marmonne à voix basse : - Faudrait vraiment que je sois conne pour aller bien. Elle pense à des gens qu’elle enterre soir après soir. A la joie qu’elle trouve sur scène tandis qu’elle les condamne. Aux sentences qu’elle prononce, qui la soulagent autant qu’elles déforment son humanité. Au monstre qu’elle redoute de devenir, scène après scène, un monstre qui se nourrit de la détresse ambiante, qui a besoin de cette misère. Elle entend. Un cri, très loin mais qui se rue jusqu’à elle. Les cris savent toujours trouver ceux qui sauront les entendre. Tant pis, elle songe. Le taxi accélère, et elle entend la douleur de la ville. La ressent. Elle erre dans ce monde comme si elle n’en percevait plus que les ruines. » (p. 47)