Summertime Blues

D’Emmanuel Bourdier

Flammarion – collection Tribal - octobre 2011

10 euros

 

Il ne se passe rien dans la petite ville de bord de Méditerranée qu’habite Sam. Jusqu’au jour miraculeux où Fred Summer, star du rock pas encore sur le retour, loue une villa pour l’été. Sam trouve le moyen de se faire embaucher en tant que guide touristique. L’entourage trop protecteur, les recommandations ciblées et les mises en garde du fils du chanteur ne découragent pas notre fan ébloui. Le dessillage sera brutal…

Tout au présent, le récit du narrateur Sam compte deux parties de taille équivalente : la montée vers un paradis idéalisé, et la descente aux noirs enfers, cette dernière déclenchée par deux électrochocs successifs – avec le petit frère et la jolie copine. Certes, le paradis a vite été entaché de soupçons et le lecteur voit bien comment cela va se terminer, mais tout comme l’amour, l’admiration peut être aveugle.

On souffre pour Sam, perdu dans un monde dont il ne connaît pas les codes. Ses parents, en ne lui posant aucun interdit, font qu’il va aller jusqu’au bout de son expérience et en tirer par lui-même des leçons de vie, heureusement sages. Quant à Fred Summer, au choix, il écœure ou fait pitié, englué dans son pouvoir factice, la drogue et le sexe sans sentiments. Le portrait doit d’ailleurs être assez vrai… tant les exemples de gloire montée à la tête abondent.

Dans l’esprit de l’histoire et dans l’écriture savoureuse qui coule, on pense beaucoup à Jean-Philippe Blondel. Les Illusions perdues version rock’n’roll…

sb

 

Le fils de Fred Summer :

« - Avant de remonter dans son jet privé avec de la moquette jusque dans les toilettes, il veut faire le plein de souvenirs authentiques et pittoresques de ce Sud profond qu’il découvre. Il veut avoir des trucs passionnants à raconter à ses potes restés au royaume du Big Mac et pour ça, il a besoin d’un Français pur jus, un du coin, un vrai, un fan qui connaît les coins sympas, qui lui indique les endroits où ça fleure bon la cigale et la boule de pétanque, un bon gars, docile, fidèle, plus coopératif que son fils, un qui lui serve d’interprète quand ça se complique niveau grammaire, qui lui donne l’impression d’être en contact avec la vraie vie, celle qu’il devine palpiter derrière ses portières blindées et ses systèmes d’alarme. C’est ce que je t’offre. Une sorte de job d’été bénévole. Voilà. Il m’a demandé de lui trouver un jeune couillon prêt à lui lécher les santiags alors, tout de suite, j’ai un peu pensé à toi. » (p. 54)