Le faire ou mourir

De Claire-Lise Marguier

Rouergue – collection DoADo - septembre 2011

9,50 euros


Damien est une âme en peine. Adolescent maigrichon, pris en sandwich entre une famille qui le rabroue (père, mère et sœur ainée ligués) et des lycéens « cool » qui le harcèlent, il se réfugie dans les idées plus que noires et l’automutilation. Jusqu’au jour où il rencontre le beau Samy, gothique sensible qui l’inclue dans son groupe et lui redonne le goût de vivre. Le goût d’aimer aussi, par-delà les convenances sociales. Cela sera-t-il suffisant ?

L’ouvrage, évidemment à la première personne, est court mais écrit de manière dense, en de très longs paragraphes mêlant sans distinction dialogues et pensées intimes. Ces blocs à fleur de peau se lisent d’une seule traite et avec un effroi grandissant, déclinant, oscillant… Nous suivons exactement les humeurs du héros. Au tout début, on pense à une mauvaise crise d’adolescence typique, jusqu’à ce qu’on découvre l’envie inquiétante de se détruire. Le passage à l’acte avec la lame de rasoir… La présence positive de Samy et l’homosexualité (provisoire ou pas, mais revendiquée) apparaissent ensuite comme des portes de sortie. Revient alors le père absolument odieux, violent et borné à l’extrême. Un médecin compréhensif entre en scène ? Il est vite écarté par la peur de se faire remarquer. Et entre chaque événement, Dam pleure, saigne, se fait vomir… La fin en deux temps donne l’explication du titre : on n’en dira pas plus, si ce n’est qu’il faut prévoir, la dernière page tournée, un petit temps de réadaptation au monde qui nous entoure.

A lire à partir de 15 ans et surtout, surtout, sans limite d’âge. C’est le premier roman de Claire-Lise Marguier : pas le dernier on espère.

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« Il a ouvert tous mes tiroirs, mes placards, a jeté tout ce qui lui semblait pas intéressant. […] Mes jouets de gamin, ceux auxquels je tenais et que je gardais comme des reliques dans une boîte à chaussures. Il a ouvert mon armoire et froncé les sourcils. Ca aussi, il faut que ça cesse, il s’est mis à crier tout d’un coup. […] Il était furieux et moi je savais pas quoi faire pour empêcher le désastre. Papa, j’ai supplié, ne les jette pas ! Mais il m’a pas écouté. Céline est venue voir ce qui se passait, ma mère aussi. Elles sont restées sur le pas de la porte à le regarder tout mettre dans le carton. J’avais envie de me jeter sur lui, de le rouer de coups pour qu’il arrête le massacre […]. Mais au lieu de réagir je pleurais en silence. Debout au milieu de ma chambre. » (p. 35)