On les aura, carnet de guerre d’un poilu (août, septembre 1914)

De Barroux

Seuil – septembre 2011

16,50 euros

J’en suis toujours à me demander si cette histoire de cahier découvert parmi des déchets sur le trottoir ne s’apparente pas à un artifice narratif, tant l’opportunité est belle. Mais non, c'est apparemment vrai ; comme quoi l'inspiration ne s'attrape pas en levant le nez, mais en le baissant.

L’illustrateur Barroux a donc récupéré une sorte de journal intime écrit par un soldat inconnu, relatant la mobilisation de l’été 1914. Sans rien changer au texte, il l’a mis en images dans un roman graphique en noir et blanc sur fond crème : un petit effet sépia pertinent et émouvant.

L’homme auteur des lignes ne dit presque rien sur sa famille, son passé. Disposant de peu de temps et certainement fatigué, il se contente de traiter du présent jour après jour, en des phrases courtes et descriptives, laconiques. Cela ne veut pas dire qu’elles manquent d’âme, les émotions naissent au contraire à partir de cette sobriété. Et puis, si le ton semble un peu sec au début, il devient vite évident, adapté aux horreurs grandissantes que vit le soldat. Resté circonspect devant les fleurs sur les fusils d’août, l’homme comprend vite dans les tranchées qu’il a bien fait de rester réservé… Le récit (et donc l’illustration) se termine abruptement dans un hôpital de campagne où notre héros a atterri le bras en écharpe.

Les dessins aux gros traits noirs défilent sur des cases classiques, dans un style esquissé et avec une absence de profondeur qui traduit bien l’urgence des évènements. Les nez comme rajoutés, collés entre les yeux et les moustaches m’ont fait penser à des personnages de pantins, jetés aléatoirement au front d’une tuerie qui ne les concernait pas.

En un début de siècle qui a vu disparaître les derniers poilus, j’ai beaucoup aimé ce rappel tragique, sérieux, d’une guerre souvent éclipsée par celle qui l’a suivie.

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