Le Petit Gus en grandes vacances

De Claudine Desmarteau

Albin Michel – avril 2011

12,90 euros

Le petit Gus est bien décidé à profiter à fond de ses vacances avant de retrouver la merdouille du collège. « Alors sérieux, faut faire le plein de joyeux et rigoler comme des bananes en se bouffant des saucisses brûlées au barbecue. » (p. 6). Pour commencer, direction la Bretagne, en compagnie de ses parents, de sa sœur et son frère aînés, sans oublier la chatte Monica. Certes, il fait un peu frisquet, mais Gus est ravi de retrouver son cousin Eliott pour faire des bêtises jouer. Avec son sens féroce du détail juste, Claudine Desmarteau décrit par le menu le trajet en voiture, les repas préparés par le grand-père, la plage, le feu d’artifice du 14 juillet, etc : à mourir de rire !! Hum, chacun s’y retrouve forcément un peu, aussi…

Papa et Maman (avec des majuscules) peinent à se détendre, les ados ne pensent qu’à draguer, le voisin bichonne son jardin : toute une France moyenne se dessine sous nos yeux écarquillés. Et notre charmant narrateur d’observer attentivement tout ce beau monde et de retranscrire quasi-littéralement ce qu’il entend, en une voix de l’enfance impayable. Le procédé d’écriture est rodé, très efficace : Gus fait de longues phrases qui répètent les paroles de quelqu’un d’autre, rajoute son commentaire entre parenthèses ou dans une phrase très courte, invente des expressions avec des mots aux résonances proches (« ma joie de liberté », « un taré du cerveau »), mélange langage vulgaire ou au moins parlé avec une qualité de dissertation. Inventif, le « mini-teub » - dixit le grand frère !

Gus a encore le temps de sa propre vie avec Elliott, centrée essentiellement autour du fait d’éviter le cahier de vacances proposé par Maman. Le jeune garçon n’est pas un idiot, et il a ses indignations – face aux algues vertes notamment -, ses petits moments de poésie liés à la beauté des paysages (qui ont valeur de séquences de rattrapage aux innombrables moqueries sur la région), ses pensées profondes : « A la plage, les riches et les pauvres, ils sont presque pareils : tous en maillot de bain. Mais ils s’arrangent quand même pour qu’on fasse bien la différence, surtout les riches. » (pp. 53-54).

Quand on a bien exploré tous les travers de la côte Atlantique, on file en Corse. Le séjour est plus rapide, mais raconté avec la même verve caustique qui s’ignore. Les indépendantistes n’ont qu’à bien se tenir, au même titre que les paysans labellisés AOC ou les moustiques de la Méditerranée.

Quoique d’un niveau de lecture accessible aux plus jeunes, le roman s’adresse clairement à des adultes qui ont envie de s’offrir une bonne tranche de rigolade créative. D’ailleurs, les illustrations cruellement drôles pourraient certes sortir du crayon maladroit de Gus, mais aussi d’un caricaturiste particulièrement cynique… Attention, Gus est en passe de devenir culte…

 

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« L’air pur de la Bretagne, il me saute aux narines du visage tellement il y a de différence en comparaison de l’air de chez nous, en banlieue de Paris. J’ai ouvert le panier de Monica et on dirait un diable qui sort de sa boîte, avec son museau tout frémissant et ses moustaches au vent. Elle n’a même pas demandé à manger du Whiskas avant de partir courir dans les champs. » (p. 32)

« A propos de short de bain, Delphine trouve que celui de Papa, c’est une horreur qui lui fout la honte quand Papa s’approche d’elle pour dire bonjour à ses potes. ‘Quoi, qu’est-ce qu’il a mon short ?’, il répond, Papa, et tout le monde se marre. ‘Il pourrait être plus élégant’, dit Maman (c’est peut-être aussi la petite brioche de ventre, qui n’est pas très élégante). Papa proteste que c’est un short Décathlon, qu’il l’a payé 9,99 euros et qu’il trouve ça aberrant de mettre plus cher dans un slip de plage. Il parle en perçant Romain avec son œil de Picsou, genre pour dire que ça lui fait trop mal au portefeuille de payer ses caleçons de branleur Pull-in à 40 euros. » (p. 56)

« Hier soir, on s’est promenés dans un endroit où on va souvent pour voir le coucher du soleil, avec des gros rochers roses qui sont empilés les uns sur les autres et c’est incroyable. Qui les a disposés comme ça, les rochers biscornus en équilibre ? Le ciel fait de grandes traînées violettes et ça se reflète dans la mer, j’arrive pas à raconter comment c’est beau. A cet endroit-là, heureusement Bouic Immobilier n’a pas le droit de construire ses baraques moches (s’il avait l’autorisation, il se gênerait pas pour venir planter ses sales grues et ramasser toujours plus de pognon, comme dirait Papa). » (p. 102)