A mort la mort

De Frédéric Kessler

Thierry Magnier – collection Le feuilleton des Incos – mai 2011

4,95 euros

 

Pour une collaboration avec des classes de CM2/6ème participant au prix des Incorruptibles, Frédéric Kessler a choisi le thème éternel de la mort. Eternel, c'est le cas de le dire, puisque ses personnages de villageois passent un contrat d'oubli avec la Faucheuse. Elle accepte de laisser les gens et leur environnement dans leur état actuel, sur un périmètre défini, qui englobe largement les habitations. Ils ne vieilliront plus, ne mourront donc pas, ne seront plus malades et n'auront pas d'enfants. Au début, c'est grisant et le petit narrateur Leopold ne regrette pas d'avoir convaincu le maire et les adultes avec son copain Alphonse. Mais au fil des ans, un par un, les gens s'admettent vaincus par l'ennui et dépassent les frontières pour rejoindre le monde des mortels. A quoi sert l'éternité quand rien ne vient pimenter la répétition des jours, quand la nature reste bloquée en mode hiver, qu'on ne ressent plus le goût de manger, qu'on ne voit pas grandir ses enfants ? Leopold finit par rester seul, se persuadant qu'il est le plus heureux. Une jeune fille de son âge, rare audacieuse à s'approcher encore du village, va tenter de le persuader subtilement du contraire.

Aucun élément de lieu ou de temporalité, des personnages non pas grossiers mais typés, peu de détails sur le quotidien : l'intrigue dépouillée a valeur de conte philosophique. Le sujet est pédagogique en diable... Il aura certainement offert aux élèves de beaux débats entre eux et avec Frédéric Kessler (par courrier électronique selon le principe du partenariat). On en lit quelques extraits en postface, et les réflexions des enfants – ou/et de leurs professeurs... - sont parfois très profondes : « Après la lecture de ces derniers chapitres, on comprend que la mort fait partie du cycle de la vie et ce qui ramène Léopold de l'autre côté, c'est l'amour que les gens lui donnent et celui qu'il éprouve pour eux. [...] Cela signifie qu'enfin il accepte de vivre mais aussi de voir ceux qu'on aime, mourir : c'est la vie. » (p. 92). Plus que dans l'attente d'une résolution cousue de fil blanc, l'intérêt de ce mini-roman aura donc résidé dans sa construction conjointe, ouverture sur le travail d'écrivain. Frédéric Kessler semble s'être parfaitement prêté au jeu, et on regrette évidemment de ne pas en savoir plus ! Mais il nous reste une jolie petite histoire au potentiel inépuisable... Je l'aurais bien vue, toute seule, dans l'intelligente collection Petite Poche.

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