La Fourmilière

De Jenny Valentine

Traduit de l'anglais par Cyrielle Ayakatsikas

Ecole des Loisirs – collection Medium – avril 2011

11 euros

 

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Fuguant de sa campagne, le solitaire et taiseux Sam emménage dans un immeuble banal de Londres. Cherry et sa fille Bohémia louent également un appartement, point de chute suite aux vicissitudes amoureuses de la mère. Rien ne les prédispose à se croiser. Les événements vont les rapprocher, non seulement eux, mais aussi tous les voisins de l'immeuble.

 

La Fourmilière, c'est une auberge espagnole des causes perdues, un Pot-Bouille de solidarité. L'histoire tourne autour de Sam et Bohémia, narrateurs en alternance des courts chapitres.

D'un côté, donc, Bo, fillette touchante et diable et désespérément à la recherche d'amis. Il s'agira de sauver cette petite créature aux vêtements trop courts, qui ne va pas à l'école et se nourrit de chips. Cela passera par une prise de conscience – très brutale - de la mère. De l'autre côté, Sam : grand adolescent qui fuit ses responsabilités dans la foule de Londres. Peu à peu, on le devine porteur d'un lourd secret. Bien sûr, c'est l'action intrusive de Bo qui lui permettra d'avancer.

Et pour entourer ce binôme d’êtres en construction, Jenny Valentine propose une galerie de personnages hauts en couleurs : « Une vieille dame toute ridée avec un pardessus et des tongs aux pieds. Une jeune femme aux cheveux blonds tirés en arrière, qui se rongeait les ongles […]. Un lézard à lunettes de soleil et veste en cuir. Un homme avec un pistolet tatoué sur la jambe et une barbe ridicule. » (p. 254). Il ne faut pas s'arrêter aux apparences, semble nous dire l'auteure devant ce panel d'anonymes paumés dont on découvre l'individualité, et surtout le bon coeur. Les notions de générosité et d’entraide viennent alors déposer un baume chaleureux sur les malheurs des deux héros principaux. L'écriture n'est pas dramatisante, mais se déroule en équilibre sur un fil de pudeur et de sentiments retenus car trop intenses.

Tout aussi loufoque, décalé et émouvant que Ma Rencontre avec Violet Park (Ecole des Loisirs, collection Medium, 2010), La Fourmilière vous laissera un joli sentiment au fond du cœur, ni pitié ni crainte, juste la vie qui va…

 

Sam

« Après cette soirée chez Isabel, après avoir fait la connaissance des voisins, j’ai soigneusement évité tout le monde. » (p. 80)

 

Bohémia

« C’est alors que l’homme que je n’avais pas remarqué a sauté du distributeur très près derrière moi et s’est mis à me suivre. Je ne me sentais pas bien, j’avais très chaud, puis soudain très froid sous mon manteau. Je ne voulais pas m’attirer d’ennuis, parce que je n’aurais pas su comment m’en sortir. Je n’ai que dix ans, nom d’un chien. » (p. 189)