Le peuple K’awil, organisé en sept clans dirigés par des femmes, vit au cœur d’une végétation fertile, tout près de montagnes percées de grottes et de labyrinthes. Petite-fille de la chef du clan des armuriers, Neï a un bel avenir devant elle. Pour l’instant, elle doit passer son « imago », cérémonie vers l’âge adulte. Mais la disparition de sa sœur tuée par un tigre K’tioni va bouleverser toute sa vie. Elle devient responsable de sa nièce juste née, et dépositaire du secret de sa sœur : derrière la montagne, il y aurait le peuple des T’surs, mais peut-être aussi leur père enfui…

 

Lire de la science-fiction écrite par une femme, c’est souvent/toujours un vrai bonheur. Non contente de mettre au point une histoire inventive et à rebondissements, Nathalie Le Gendre compose de beaux portraits – féminins comme masculins, d’ailleurs -, crée des émotions de toutes sortes, des relations familiales complexes, et prend le temps d’exploiter cette jolie matière, de la faire évoluer quitte d’ailleurs à sacrifier quelques personnages. Derrière la rudesse du monde de Neï et malgré les malheurs qu’elle doit affronter, une sorte de douceur paradoxale s’exprime alors du roman. Cela passe aussi par des descriptions de paysages apaisés, une communication à la fois sauvage et poétique avec les animaux… Je n’ai pas sorti mon mouchoir, mais j’ai vibré avec l’héroïne quasiment à chaque page.

 

Quid de l’intrigue ? La collection Soon tend à dénoncer les excès que nous faisons subir à notre planète : tout part ici d’un « Grand Chamboulement », qu’on imagine climatique (daté de… 2012, hum). Une partie de l’humanité a continué à vivre comme aujourd’hui, ce sont les T’surs. Les K’awil ont effectué un retour fulgurant à la nature. Leur société matrilinéaire fonctionne en rites et célébrations, leur religion s’apparente au chamanisme. Les deux peuples se craignent réciproquement, et il faudra bien la curiosité d’une Neï pour percer la frontière et renverser les rapports de force. C'est assez simple et pas férocement original, mais encore une fois, les sentiments qui se dévoilent, s’exacerbent, se heurtent, donnent un relief captivant à l’histoire.

 

Même si le point de départ n’est pas semblable, et même si je ne suis pas une fan, j’ai pensé au film Avatar : cet environnement luxuriant, cette société un peu primitive, cette opposition à un autre peuple qui détruit la nature… Disons qu'Avatar met bien en images ce que l'auteure écrit.

 

Imago

De Nathalie Le Gendre

Syros – collection Soon – avril 2011

14,90 euros

 

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Fantasia a voulu trouver une citation qui rassemble toute la beauté du roman : émotions, nature, action,etc. Impossible de se décider car l'écriture coule vraiment d'un trait ! Donner à lire un petit bout, c'est forcément l'amputer... Résultat : 15 min de recherches, nada, crevée, dodo.

 

Merci aux éditions Syros pour cette belle lecture, et excellente continuation au directeur de collection Denis Guiot : avec Soon, on est très rarement déçu…