Will Grayson habite Chicago. Ado ordinaire qui a pour principe de se fondre dans la masse, il a comme meilleur ami le tonitruant Tiny Cooper. Très costaud, à l'aise avec tout le monde, Tiny tombe amoureux d'un nouveau garçon toutes les heures. En ce moment, il veut monter sa comédie musicale, Tiny Dancer, et bien sûr, Will est entraîné dans l'aventure. Remarquez, ce dernier rencontre par la même occasion la jolie Jane.

Un deuxième Will Grayson habite aussi Chicago. Dépressif et inquiet, il vit une atroce désillusion : le charmant Isaac avec qui il conversait par Internet depuis plus d'un an n'existe pas. Heureusement, par l'intermédiaire du premier Will, il va croiser le chemin de Tiny...

Ca pétille chez les jeunes Chicagoans ! Attention, il ne s'agit pas d'être à la dernière mode ou de se prendre pour le meilleur du monde. Non, la petite troupe de personnages que nous suivons est au contraire pleine de doutes, sans assurances sur son avenir, en quête de l'amour avec un grand A. Mais elle va peu à peu se gonfler d'espoir, grâce à la tornade Tiny.

Même si l'histoire est racontée en alternance par les deux Will, c'est en définitive lui le héros, celui qui impulse une dynamique aux autres, et va leur donner envie de dévorer leur avenir. Foin des différences et des complexes, il faut s'accepter tel que l'on est et surtout oser pour ne pas avoir de regrets. Si ce credo est assez simple à faire accepter par le premier Will, Tiny aura davantage de difficultés avec le second, un véritable écorché vif. D'ailleurs, ce Will-là ne met même pas de majuscules dans son récit (un processus d'écriture pour ne pas mélanger les deux récits, qui sert aussi le sens du roman...).

Quel est le fil conducteur ? Hum... Sous la fantaisie virevoltante, on suit la production de Tiny Dancer au long d'une année scolaire. Mais tout cela s'englobe dans des aléas amoureux aussi compliqués que délicieux. Et puis ça n'a pas vraiment d'importance : dialogues et réflexions caustiques, situations improbables la plupart du temps orientées vers le sexe (mémorable scène dans un sex-shop) constituent l'essence du roman. C'est frais, ça frappe, ça sonne juste sans excès.

J'ai un peu regretté l'absence de personnage féminin digne de ce nom. Maura est une égoïste, Jane reste bien fade. Là encore, Tiny rattrape le coup : il transcende les sexes (et les sexualités) pour éclater non pas de joie sans nuages, mais d'appétit de vivre, et donc éventuellement de souffrir. Une vraie leçon de sagesse !

Dans l'esprit, j'ai pensé à Code Cool de Scott Westerfeld (Panama, 2006) : l'intrigue n'a rien à voir, mais on retrouve une même atmosphère urbaine, pétulante et jeune. Malgré tout cela, je ne conseillerais pas forcément ce roman. Sincère dans sa description des relations adolescentes, il est aussi un peu long, et, à mon goût, un peu brouillon... Encore trop terre-à-terre, la petite Fantasia !

 

Will & Will

De John Green et David Levithan

Traduit de l'américain par Nathalie Peronny

Gallimard jeunesse – collection Scripto – mars 2011

13 euros

will

 

John Green est aussi l'auteur de Qui es-tu Alaska ? (Gallimard jeunesse, 2007) Et La Face cachée de Margo (Gallimard jeunesse, 2009). Aucun des romans de David Levithan n'a encore été traduit en français, à l'exception d'Une Nuit à New-York en co-écriture avec Rachel Corenblit (Hachette, 2009).


Extraits - sans coupures dans le texte qui pique !! :-) -

« - Will, me dit-il, aurais-tu une minute pour venir discuter d'une petite chose dans le salon ? Je pivote sur ma chaise et je me lève. Mon estomac se noue un peu car le salon est sans conteste la pièce la plus éprouvante de cette maison, celle où l'on découvre que le Père Noël n'existe pas, où les grands-mères meurent, où les mauvais bulletins scolaires sont épluchés d'un oeil mécontent et où l'on apprend que le camion du monsieur entre dans le garage de la dame, puis en ressort, puis entre à nouveau, jusqu'à ce qu'il ait déposé une graine de bébé dans le ventre de la dame, etc, etc. » (p. 96)

« pour la toute première fois de mon existence, je comprends pleinement le sens de l'expression "fashion victim" car au bout d'un quart d'heure à essayer des trucs et à les jeter en boule par terre, je n'ai plus qu'une envie : faire un noeud à ma ceinture et me pendre à la poignée de la porte. ma mère découvrira mon cadavre et croira à un trip SM genre asphyxie auto-érotique si rapide que je n'aurai même pas eu le temps d'ouvrir ma braguette, sauf que je ne serai plus en vie pour lui expliquer qu'à mon avis l'asphyxie auto-érotique est le truc le plus débile qui existe dans tout l'univers, juste après les homosexuels de droite. » (p. 131)

« tiny : tu sais quoi ? je suis totalement en paix avec mon physique. et j'étais gay bien avant de savoir ce qu'était le sexe. c'est ce que je suis, et c'est génial. Je n'ai envie d'être ni mince, ni beau au sens classique du terme, ni hétéro ou brillant en classe. non, ce que je voudrais vraiment – et qui ne m'arrive jamais – c'est qu'on m'apprécie. tu sais ce que c'est, de faire des efforts en permanence pour s'assurer que tout le monde est heureux et de voir que personne n'en est conscient ? » (p. 300)