Colton Harris-Moore existe vraiment. C'est un adolescent américain qui a réussi à échapper à la police, au FBI pendant quelques années avant d'être arrêté en 2010. Que lui reprochait-on ? Fugueur, le jeune homme mangeait et dormait dans des maisons vides, volait des voitures, puis des avions (des petits Cessna)... Moderne Clyde, il aura eu le temps de déclencher l'enthousiasme de milliers de personnes, fans de lui sur Facebook, portant des T-shirts "Fly, Colton, fly"... Mais derrière le phénomène se cache un jeune garçon blessé par son enfance : c'est lui que se propose de nous faire connaître Elise Fontenaille dans ce très court roman (57 pages).

Entrecoupant un narrateur externe mélancolique et factuel, différentes voix se chargent de composer un portrait désillusionné : la mère de Colton, une éducatrice, une policière... Elles évoquent un enfant fragile, sans repère paternel, au final une toute jeune vie brisée. Colton prend lui aussi régulièrement la parole, parle de son amour des avions, de sa joie de berner la police, de ses petites orgies dans les belles résidences secondaires. Il se surnomme l'Indien, l'Aigle noir, sourit à l'appellation voleur aux pieds nus. Cependant, la dépression n'est jamais loin : fatigué d'être sans cesse en mouvement, profondément seul, Colton ne se serait-il pas laissé volontairement rattraper ?

Sur un fait divers exceptionnel mais somme toute assez mince, Elise Fontenaille brode de sa fine manière habituelle, construisant avec soin la forme, utilisant une langue assez répétitive, ponctuée de points de suspension. Elle parvient ainsi à rendre l'impression d'un no man's land en suspens, d'une impasse qui finit par exploser. Profitant peu de l'aspect médiatique de l'affaire, elle s'axe entièrement sur la psychologie du jeune homme, et un événement fondamental, brutal, de sa toute petite enfance. C'est bien vu. J'ai cependant été déçue par le caractère court de l'ouvrage. Certes, il privilégie un très court moment de la cavale de Colton et se veut d'écriture elliptique, mais par là, il ne fait aussi que survoler la vie pourtant riche (et douloureuse) de Colton. Un léger sentiment d'inabouti...

 

Le Garçon qui volait des avions

D'Elise Fontenaille

Rouergue – collection DoADo – mars 2011

8 euros

 

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La page Facebook du livre propose des photos, vidéos, articles autour de Colton d'une part, du roman d'Elise Fontenaille d'autre part.


AV

 

"Vingt-quatre mois, sept cent jours, autant de nuits. Je ne sais plus ce qui est le plus long, finalement : le jour ou la nuit ? Je vis caché dans l'ombre des grands arbres, même en plein jour ici il fait sombre, je m'assieds au milieu d'une clairière, dans une flaque de soleil, les aigles m'épient, je regarde les avions rayer le ciel, j'attends le jour où moi aussi je grifferai les nuages... Dans le silence de ma tête, je m'appelle Aigle noir. Parfois je parle tout seul, pour me sentir moins seul." (p. 13)

AV

"J'ai appris que ma tête avait été mise à prix, un bon prix : 10 000 dollars... Des douzaines de flics étaient à ma poursuite, jour et nuit, à travers tout le pays. A la fin, même le FBI s'y est mis. J'ai dansé de joie, quand j'ai su ça." (p. 26) AV

"Et s'il s'était forgé une autre prison, à force, en fuyant l'autre, celle de Forton Hill... une prison faite de solitude et de vitesse ? Les garçons de son âge ont des amis, une petite copine, ils font des études, ils apprennent un travail, ils ont une famille, un toit, un abri, quelque chose... Lui n'a rien, personne, à part 40 000 fans sur Facebook, qui lui envoient des messages insensés. Il représente quoi, pour eux ? Un rêve, une illusion, un rebelle sans cause, la fureur de vivre... Allez savoir. Chacun voit ce qu'il veut, en Colton. Lui, il ne sait plus où il en est, il ne sait plus qui il est... Le voleur aux pieds nus..." (p. 56)

AV