La caractéristique de l’ouvrage est avant tout d’être… parfait, dans le sens où il est la rencontre de deux univers artistiques très élaborés, distincts et pourtant en profonde harmonie. D’un côté, une poétesse écossaise contemporaine et reconnue, qui raconte en prose, à la manière d’un conte, la vie d’une petite fille et sa relation à la fois à la nature et la mort. De l’autre, un artiste qui pratique la découpe en dentelle du papier, dans des enchevêtrements de branches, feuilles et fleurs très séduisants (son site ici). Carol Ann Duffy et Rob Ryan parviennent à traiter sans fards d’un sujet grave, tout en maintenant une poésie et une douceur qui autorisent à s’adresser aux plus jeunes. La petite héroïne combine en effet une grande, étonnante maturité à une croyance en la magie de la nature. Son parcours est scindé en termes de générations qui se succèdent : devenir mère, perdre ses parents, devenir grand-mère… sont autant d’expériences qui lui permettent finalement d’appréhender avec sérénité sa propre disparition (emploi du terme « reposer »). Suivie en silhouette au gré des double-pages, elle fait partie d’un théâtre d’ombres très symbolique, avec ses graines qui poussent, ses arbres qui grandissent… Vous « sentirez » bien la musicalité de quelques fleurs : « aconit, silène, giroflée, lin, lupin, clématite, gueule-de-loup, ancolie, bleuet, digitale, pois de senteur, monnaie-du-pape, sisymbre, queue-de-renard, souci et rose-du-ciel ». Sweet and serious.

A mettre en lien, pour l’originalité et l’atmosphère bucolique, avec : Mon Cochon va à l’école d’Opal Whiteley, illustré par Aurore Petit (Mouck, 2010).

Mon Beau Jardin

De Carol Ann Duffy

Illustré par Rob Ryan

Gautier-Languereau – novembre 2010

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